Anne Taïeb : « J’aime la médecine pour le contact et les liens que l’on entretient avec les patients »

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Anne Taïeb à l’Ambassade de France.

Dans le cadre de ses études de médecine, Anne Taïeb a effectué un stage de deux mois à l’hôpital El-Maarouf aux Comores. Diplômée, elle a ensuite travaillé deux ans en tant que volontaire à l’Ambassade de France à Moroni avant d’y revenir en 2014. Aujourd’hui elle reçoit ses patients au centre médicosocial de l’Ambassade et répond à toutes les urgences. Interview de la Femme du mois.

Pouvez-vous nous parler brièvement de votre parcours ?

Anne Taïeb : Je suis née à Toulon mais j’ai fait mes études de médecine à Marseille durant 9 ans. Durant ces études j’ai eu la chance de faire un stage à l’étranger : je suis venu aux Comores durant 2 mois en tant que stagiaire à l’hôpital El-Maarouf. J’avais envie de voyager, de voir une autre pratique de la médecine. Sans compter que partir à l’étranger ouvre l’esprit.

Ce stage a été un point de départ : j’ai créé des liens avec les Comores, et j’y ai rencontré mon compagnon. A la fin de mes études, j’ai eu l’opportunité de postuler à un volontariat international à l’Ambassade de France de Moroni. C’était un choix à la fois professionnel et personnel. J’ai travaillé à l’Ambassade durant deux ans en tant que volontaire, puis je suis partie travailler à Mayotte en dispensaire. Par la suite, j’ai ouvert mon cabinet à Moroni en faisant également des remplacements régulièrement en cabinet libéral à Mayotte. Depuis 2014, je suis de retour au centre médicosocial de l’Ambassade de France à Moroni.

En quoi consiste votre travail à l’Ambassade de France ?

Je suis médecin généraliste et je reçois tout type de patients : enfants, adultes, personnes âgées. La pédiatrie représente tout de même une part importante de ma pratique car 40 % des patients sont des enfants .Les consultations concernent souvent des pathologies infectieuses comme le traitement du paludisme, d’arboviroses (dengue…), de diarrhées bactériennes ou parasitaires… Les gens viennent aussi me consulter pour le suivi de pathologies chroniques comme le diabète, l’hypertension artérielle ou l’asthme.

Une facette de mon travail concerne la prévention : conseils, vaccins, suivi du nourrisson. De temps en temps, il arrive aussi que j’effectue des soins d’urgence : points de suture, visites à domicile… Je suis également là pour coordonner le bon déroulement des rapatriements sanitaires. Lorsque la pathologie ne peut pas se soigner aux Comores, on organise le rapatriement avec les assurances. En 2015, deux personnes ont été rapatriées sur La Réunion.

Avez-vous été confrontée à des situations d’urgence depuis que vous travaillez à l’Ambassade ?

Oui, cela m’est déjà arrivé à plusieurs reprises. Je me rappelle particulièrement d’un cas. On m’a appelé pour une urgence, j’étais chez moi et je suis partie en catastrophe. C’était une pathologie grave, cardiaque, qui nécessitait un rapatriement sanitaire urgent. Le patient a d’abord été évacué de façon rapide et efficace dans le service de réanimation de l’hôpital El-Maarouf puis a été rapatrié sur La Réunion, ce qui a pris en tout plus de 24 heures ! Pour ce type de pathologie c’est un délai très long, mais c’est le problème de l’insularité : nous sommes isolés, et la structure de soins la plus adaptée se trouve à La Réunion. L’Hôpital de Mayotte est quant à lui surchargé et ne dispose pas de toutes les spécialités.

Pouvez-vous nous parler de l’état du secteur de la santé aux Comores ? Quels sont les besoins de la population ?

Les structures sanitaires sont défaillantes. Tous les soins possibles ne peuvent pas être pratiqués aux Comores. L’hôpital El-Maarouf n’est pas capable d’assurer toutes les urgences et il y a régulièrement des pénuries de consommables. Par exemple, actuellement, l’hôpital est confronté à une pénurie d’oxygène. Un service de réanimation est quand même présent et peut pallier certaines carences, mais il ne peut pas tout faire non plus. L’état sanitaire est globalement médiocre, d’abord à cause des structures qui font défaut, mais aussi à cause du reste : le manque d’eau, les pénuries d’électricité… Cela favorise le développement de nombreuses pathologies comme la typhoïde, l’hépatite A, ou encore le choléra (la dernière grande épidémie remonte à 2007).

Il y a de bons médecins aux Comores mais ils n’ont pas les moyens de travailler correctement. Ils manquent de matériel et de médicaments. Le pays a également besoin d’une coordination entre le secteur public et le secteur privé qui fait défaut.

Quels conseils donneriez-vous aujourd’hui à des jeunes comoriens qui désirent s’orienter vers la médecine ?

J’aime la médecine pour le contact et les liens que l’on entretient avec les patients. Les études de médecine sont longues. Il faut être sérieux, rigoureux, et aimer le contact avec les gens, je dirais que c’est capital. Mieux vaut avoir un Bac S pour se lancer dans des études de médecine. Mais ce ne sont pas seulement des études théoriques, on passe vite à la pratique et ça devient fascinant.

Dernière modification : 25/03/2016

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