Discours de l’Ambassadeur de France au vernissage de l’exposition "Wana Watiti"

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À 17 heures ce lundi avait lieu le vernissage de l’exposition « Wana watiti » (petites filles) à l’Alliance Française de Moroni. Les photos de l’artiste italienne Martina Bacigalupo permettent de mettre un visage sur les victimes de mariages précoces aux Comores.
Ci-dessous le discours que l’Ambassadeur de France Monsieur Robby Judes a délivré lors de cet événement.

« Mesdames et messieurs,

On oublie trop souvent, au-delà du moment de l’indignation, à quel point la domination que subissent des millions de femmes dans le monde s’inscrit dans la chair. Les violences physiques et sexuelles, dans ou hors du cadre conjugal, et les mariages précoces et forcés sont parmi les expressions de cette domination patriarcale.
Cette violence se produit partout, sans égard pour la classe sociale, l’origine ou la culture. Elle fait obstacle à la réalisation des objectifs d’égalité, de développement et de paix. Elle constitue une violation des droits fondamentaux et des libertés fondamentales des femmes et empêche partiellement ou totalement, celles-ci de jouir de leurs droits et libertés.

Cette dure réalité permet de rappeler à quel point les droits conquis par les femmes dans le monde sont encore loin d’être le quotidien pour toutes. Le combat pour la reconnaissance des droits de la femme et leur émancipation est universel et doit être compris par chacun.

J’irai ici plus loin : dans un pays où près de la moitié de la population a moins de 20 ans, et qui doit compter sur sa jeunesse pour continuer à avancer et à se développer, le recours au mariage précoce constitue un danger pour l’enfant, la jeune fille ou le jeune garçon. Un danger, car il contribue à un déni de liberté : l’on refuse au mineur la libre utilisation de son corps, on lui réfute son libre-arbitre, ses droits sont bafoués et son développement s’en trouve affecté.

Chaque jeune fille, chaque jeune garçon marié avant l’âge légal risque ainsi de sortir du système éducatif, de s’enfoncer dans la pauvreté, d’assumer des responsabilités qui ne devraient pas lui incomber, et de subir des conséquences négatives sur sa santé. Imaginez seulement une jeune fille de 14 ou 15 ans mettre au monde son premier enfant… le mariage précoce est une violence qui doit être combattue avec la même force que celle qui nous anime lorsque nous nous battons pour nos propres enfants.

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Mesdames et messieurs,

La Journée internationale de la femme, le 8 Mars de chaque année, est l’occasion de dresser un état des lieux des conditions de vie, de liberté, d’expression, de travail des femmes, dans tous les pays.

Il s’agit aussi de faire le bilan des progrès réalisés, d’appeler à des changements et de célébrer les actes de courage et de détermination accomplis par des femmes ordinaires qui ont joué un rôle extraordinaire dans l’histoire de leur pays et de leur communauté. Je pense ici aux organisations de femmes des Comores, présentes à nos côtés.

Je salue l’excellent travail qui a été réalisé cette année par l’artiste italienne Martina Bacigalupo, qui n’est pas présente avec nous mais qui nous propose aujourd’hui une œuvre de qualité pour dénoncer le recours au mariage précoce et forcé, qui persiste dans l’archipel des Comores.

La coopération française est fière d’avoir soutenu ce travail, largement facilité par l’Alliance française de Moroni, qui continue de nous offrir cet espace d’échanges et de réflexion nous permettant d’alimenter le débat public autour des questions fondamentales qui animent la société civile de ce pays. Ce travail, je le rappelle, n’aurait pas été possible sans le dévouement et l’implication précieuse des services de lutte contre les violences faites aux femmes et de promotion du genre du Ministère de la Santé. Qu’ils en soient ici remerciés.

Mesdames et messieurs,

Mes félicitations vont à l’ensemble des acteurs gouvernementaux et non-gouvernementaux qui ont su se mobiliser pour que la célébration de la journée internationale de la Femme soit une réussite et un moyen de continuer à porter haut la voix de toutes celles et ceux qui s’engagent dans cette cause, et surtout de toutes celles qui continuent à subir l’oppression et que l’on doit continuer à aider, pour qu’elles ne soient plus seules dans leur combat.

Je profite enfin de votre attention pour lancer un appel aux acteurs gouvernementaux, à la société civile, aux organisations des femmes, d’hommes, de jeunes, au secteur privé, aux médias, aux Partenaires au développement, afin que tous unis nous luttions contre le fléau des violences faites aux femmes.

Mon dernier mot ira à celles et ceux qui ont accepté de témoigner dans le cadre de ce travail. Je les félicite pour leur courage. Ils contribuent par leur implication et leur présence aujourd’hui à faire évoluer leur société. Je leur rends hommage.

Je vous remercie pour votre attention. »

Dernière modification : 08/03/2016

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